Newsletter N°11: De Dakar à Cayenne, le récit de la traversée, The film en avant-première, bref la Mer avant la Terre...

Chers toutes et tous, chers amis, chers partenaires,

Mauvilac en terres africaines
Sortie de container in Dakar!
Cela fait maintenant plus d'un mois que je suis revenu sur notre bonne vieille Terre. Une bonne trentaine de jours de réadaptation en douceur après 42 jours d'efforts, de douleur, de joie, de pleurs, de bonheur au beau milieu de l'Océan Atlantique et de ses turpitudes permanentes. Mais avant de vous conter plus en détail la traversée, je voulais tous vous remercier pour le soutien, les encouragements, la force que vous m'avez transmise au fil de l'eau salée et qui m'a maintenue, tout au long de la route Nord, avec un moral d'acier et une sérénité à toute épreuve. Car cette traversée est depuis le début aussi la vôtre, j'espère juste vous avoir permis de vivre à votre manière 42 jours 20 heures 36 minutes et 26 secondes au milieu des éléments puissants, violents et majestueux et partager des moments inoubliables de simplicité et d'évidence. Mais en attendant la finalisation du film documentaire sur l'épopée incroyable, suivez votre skipper favori dans les coulisses éclairées d'une traversée qui, vous le savez, n'a pas été de tout repos mais pleine d'émotions, de rêve, de leçons, en somme d'aventure...


De Dakar à Cayenne le récit: 42 jours 20 heures 36 minutes et 26 secondes

Mauvilac parmi les siens!
Safran endommagé à 2 jours du départ
Dakar, les bateaux sont alignés les uns à côtés des autres, les derniers préparatifs avant la mise à l'eau, le départ se précise, il ne faut rien oublier et continuer à être calme et serein. Pas simple car la tension monte et se perçoit déjà chez certains participants. Et puis un impondérable vient me montrer que rien n'est jamais acquis. Les bateaux se sont détachés vers 17h30 (problème de bouts - cordage) et sont venus se télescoper les uns contres les autres. Bilan: un support de safran (élément qui sert à diriger Mauvilac) complètement plié à deux jours du départ, ça fait désordre (cf photo). Pas de panique et magie de l'Afrique, après 3 heures d'attente et de travail, 3 "dakarois sauveurs" ont réussi à rendre à mon safran une forme quasi normale. Tout va bien, je peux poursuivre ma route... Pour me préparer au mieux à l'éventuel mal de mer, je passe les 3 dernières nuits avant le départ sur Mauvilac afin de m'amariner au mieux. Essai des lunettes anti mal de mer (merci la SMUMM) et derniers réglages à bord. Je vérifie, je visse, je range, je dors, bref je suis à bord, je suis dedans, je sens la mer, le départ monte doucement mais sûrement en moi!
La route théorique!
Stéphane "Magic" Barbet
On travaille aussi beaucoup sur les options de route et les derniers choix avant le Grand Large avec Stéphane Barbet (routeur de son état et arme secrète de notre traversée à Christophe, Benoît et moi, Pierre de Mauvilac). Points GPS, éphémérides, cap à suivre et stratégie de course, l'Océan Atlantique se découpe sous nos yeux en latitudes et longitudes et en conseils avisés (merci Stéphane car sans toi...point d'île de l'Enfant Perdu...). Enfin, Mauvilac est mis à l'eau et se pose enfin sur l'Océan tant attendu, un grand moment et une incroyable sérénité se dégage de Mauvilac, comme si il connaissait déjà les lieux! Demain c'est le départ, Nassir GOULAMALY (PDG du Groupe Mauvilac) m'accompagne en taxi vers le mouillage (anse Bernard, lieu du départ), je suis dans ma bulle, je suis très serein et sa présence ainsi que nos échanges me rassurent, je suis prêt, on partage avec délectation ces derniers instants avant le départ vers l'inconnu, la haute mer où l'on sait que les conditions seront plus rudes (vents forcissant et mer formée), mais cela n'a que peu d'importance tant je me sens prêt et impatient d'y être, surprenant! La dernière nuit en vue des côtes est calme, je dors comme un loir, j'attends sans précipitation aucune le décompte du départ, qui est donné à 10h00 UTC précise le 29 janvier 2012. Ça y est, les choses sérieuses vont commencer!
Au reveil du deuxième jour
Le départ: 5, 4, 3 2,1, la corne de brume retentie, les premiers coups de pelles pour s'arracher de l'aire de départ et hop cap au Nord, je longe les côtes de Dakar jusqu'au Cap des Almadies et ensuite "Go West". Je sais à présent que demain matin, après une première nuit seul en mer, au réveil,  je ne verrai plus les côtes des yeux, à la fois génial et troublant...Après une 1ère nuit mouvementée, elles le seront quasiment toutes, peu de sommeil, Mauvilac saute dans tous les sens, le vent se lève, je dérive beaucoup mais je suis bien dans ma tête, j'ouvre les yeux et suis à présent entouré de mer, de la haute, de la grande, de l'Océan! La mer est formée, le vent aux alentours de 30 noeuds, il montera les jours suivant jusqu'à 45 noeuds, levant une mer de 8 à 10 mètres. Je n'ai jamais vu la haute mer, je suis servi en mode XXL, impressionnant, au point de me prendre des immeubles de 10 mètres sur Mauvilac, mer croisée, crêtes d'écumes, ça bastonne fort, je me réfugie à l'intérieur pendant 24 heures en attendant que cela se calme. Je reprend les rames le lendemain matin, j'ai beaucoup dérivé mais j'ai compris plein de trucs et puis il y a eu beaucoup de chavirages dans la flotte, un début de course avec beaucoup d'abandons mais Mauvilac est passé et mes daurades coryphènes ainsi que mes poissons pilotes sont à mes côtés comme pour me guider, me protéger, je suis heureux, seul et déjà fatigué mais rien ne saurait altérer ma bonne humeur et l'immense bonheur de vivre pleinement un truc incroyable. La mer est piégeuse, imprévisible et formée, le vent est orienté Nord d'Est entre 30° et 50° (ça pousse au
Pas loin le bateau!
Sud) et il faut batailler pour maintenir un cap correct afin de ne pas trop dériver et s'éloigner ainsi de la bonne route. Je prends mes marques petit à petit, la vie à bord se rythme doucement mais sûrement, je partage mes journées entre rames (entre 8 et 11 heures par jour) et  repas, soins, musiques, navigation, repos, valse des daurades, saut de thons, bref les journées sont bien remplies et je n'ai pas le temps de m'ennuyer. J'ai un moral d'acier, le sourire et la bonne humeur sont mes plus fidèles alliés, je reçois beaucoup de sms de soutien, je suis comme un poisson dans l'eau sur Mauvilac, je prend du plaisir même si les temps de rames sont longs et difficiles, la mer est rude, souvent violente et au combien puissante, et comme c'est elle qui décide, il faut se faire une raison!
Le Mercredi 22 Février, 25 jours de mer, je suis pile à la moitié du voyage, comme l'ascension d'une montagne, à partir de maintenant, je suis au sommet, je vais procéder à la descente vers Cayenne, un grand moment et le sentiment qu'à partir de maintenant, toutes les galères ne feront juste que retarder mon arrivée, rien de plus! Je n'aurais jamais imaginer vivre des choses à la fois aussi puissantes et aussi simples. Du poivre craqué sur des pâtes et le bonheur est là, un sms attentionné et les larmes montent, un ballet de daurades et l'émerveillement vous paralyse, du concentré de force, de la puissance en barre, de la beauté à l'état pur.
Chaque passage de physalie dans leur robe rose fushia, toute voile dehors, sur cette mer d'un bleu magnifique me ramène vers des visions simples, belles et surprenantes. Et puis cela fait oublier, les galères quotidiennes (manques d'eau, violence des vagues, peu de sommeil, requin et bien d'autres). Je suis serein, en osmose avec les éléments, je ne m'oppose pas à eux, je m'adapte et plus j'avance, plus je suis surpris de m'imaginer que c'est bien moi qui suis là, au milieu de nulle part, seul et qui avance inexorablement vers un but, un rêve inaccessible pour lequel je me prépare depuis 1 an. Cette sensation est intense, elle me bouleverse parfois, me rassure et me conforte dans la beauté de l'instant, la simplicité offerte par Dame Nature.
Tentative d'approche
Bienvenue à Bord de Mauvilac
Mais voici venir mes amis les Noddy à casaque blanche, petits oiseaux magnifiques qui, fatigués aussi par la mer et le vent cherchent un endroit pour se reposer et c'est sur Mauvilac qu'ils ont décidé de le faire. Mais le vent et la mer sont tellement énervés qu'un des trois Noddy n'arrive pas à se poser, je lui tends mon bras, il pose ses petites pattes palmées, je le ramène sur Mauvilac, le pose, il me regarde, épuisé, je le fixe, émerveillé, plus un bruit, je suis comme transporté, je n'oublierai jamais la douceur de son regard, et la beauté de cette rencontre. Sous le signe de la nature, je ne suis qu'un spectateur fidèle des ballets quotidiens des daurades (que je nourris régulièrement des poissons volants qui viennent se piéger sur Mauvilac), des oiseaux et des vagues, plus puissantes, plus impressionnantes, les unes que les autres, quelle force majestueuse, respect Madame la Mer!
Les oiseaux sont de plus en plus présents, ils reviennent tous les soirs à la même heure, la terre se rapproche, la traversée touche à sa fin et pourtant, je ne me déconcentre pas, je reste fixé sur cette ligne à passer, et me dis que tant qu'elle n'est pas franchie, tout peut arriver. Dur au début, dur au milieu et dur à la fin, voilà ma devise depuis le début de la préparation, je ne m'attends pas à un cadeau, je me méfie sans panique, je suis vigilant sans inquiétude, je suis juste en phase avec elle et cette irrésistible envie de passer de l'autre côté, de retrouver mes proches, mon épouse, mes enfants qui sont déjà sur Cayenne, tout simplement!
A deux jours de Cayenne
11 mars 2012, quarante deuxième jour de mer et dernier, début de rame vers 7h30 pour la journée la plus longue et sans aucun doute la plus difficile de toute cette aventure. 95 nautiques parcourus( soit 171km durant cette dernière journée) et me voici en approche de Cayenne, il est 23h lorsque je distingue au loin dans une nuit noire d'énormes formes qui me font dire, dans une premier temps que la mer est démontée au loin avec d'incroyables lames et puis en me rapprochant, je me rends compte que ce sont des montagnes recouvertent de végétation denses, la terre approche, il me reste une dizaines de nautiques à parcourir, la mer est formée, le ciel couvert et nous sommes en pleine nuit, je ne vois rien, si ce n'est quelques lumières devant moi quand je me retourne, Cayenne s'illumine, je tiens le bon cap, on me dit à la VHF qu'il ne me reste que 3 nautiques à parcourir, la ligne est proche, je tiens le bon bout...Quand tout à coup, de manière insidieuse, le vent se lève, fourbe, la marée tourne et je me retrouve systématiquement renvoyé au large lorsque je tiens le cap qui doit me permettre de passer la ligne d'arrivée. Je suis sans le savoir à cet instant en pleine bascule des marées en pleine nuit, le mauvais endroit au mauvais moment...Il me reste 1 nautique (1,8 km) à parcourir, je tourne en rond, la mer me renvoie au large et fait avorter toutes mes tentatives de passage en force. Je fatigue, j'ai soif, cela fait 10 jours que je bois 1,5 litres d'eau par jour alors qu'il m'en faudrait au moins 5l, et je me dis dans ma tête que cela n'est pas possible, que je n'ai pas fait tout ça pour arrêter aussi proche du but. La marée continue à me pousser vers l'île de l'enfant perdu, très dangereux, vraiment très dangereux, je fais une dernière tentative, il est 2h30 du matin, cela fait 3 heures que je m'épuise contre les vents et la mer levée et là, à la force des bras et grâce aux encouragements de toutes les personnes présentes sur le bateau venu me récupérer (merci Dex, Nono, Christophe, Stéphane et les autres) je lutte comme un forcené pour ne pas me faire déporter par la mer rebelle! Chaque coup de pelle approximatif me faire perdre 60° d'angle, je n'ai pas le droit à l'erreur, je suis concentré, déterminé, je ne lâche rien, on me fait le décompte avec un haut parleur 9, 8, 7, 6, 5, 4, 3, 2 et un...
42 jours 36 heures 20 minutes et 26 secondes
 Pierre de Mauvilac vient de réussir son pari fou après 3h30 de lutte pour faire le dernier kilomètre, dingue, génial, magnifique, je lève les poings, je crie, je pète les fumigènes, je l'ai fait, moi le terrien, j'ai réalisé mon rêve, je suis heureux, en pleine euphorie, mes enfants et mon épouse m'attendent sur le catamaran de l'organisation, je le sais, je n'attends plus que ça, les voir, les serrer, les dévorer des yeux, moments tant attendus, moments magiques, moments inoubliables, je monte sur le cata, ils sont là, toujours plus beaux, on s'entrelace de toute notre force, on discute, Inès me tire la barbe :"elle est douce Papa", c'est beau, simple, le rêve continu, je ne suis plus seul, j'ai atteint mon but grâce à eux, grâce à vous, grâce à sa sollicitude, la mer m'a laissé passer, je le sais et l'en remercie, 42 jours 20 heures 36 minutes et 26 secondes d'intensité, de plaisir, de tristesse, d'exploit, d'humilité, de partage, d'aventure et surtout un rêve qui se réalise, sublime traversée! Ici commence l'aventure...

News au fil de l'eau iodée: 
  •    The Film: Le film "2300 miles & moi" sera diffusé en Avant Première le Vendredi 15 juin à partir de 17h (Salle des Fêtes de Rousset). Plus de précisions très bientôt mais retenez d'ores et déjà la date, l'aventure se vit, se lit et surtout se regarde... Bande de gatés! 
  • Blog Transatlanteam: Nous avons dépassé les 29 000 pages vues au total depuis la mise en ligne du Blog fin mars 2011, Merci de votre soutien... 
  • Pour visionner l'aventure: Transatlanteam: Le film, les teasers... 
http://www.transatlanteam.com/p/lequipe.html

Pour recevoir les infos en direct - www.facebook.com/transatlanteam
Je vous remercie d'avoir partager, tous ensemble, tant de choses à la fois annodines et pourtant tellement vraies et vous dit à bientôt car vous le savez maintenant, Ici commence l'aventure...
Bien à vous,
Pierre Mastalski
Skipper TransatlanTeam